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Suno attaqué par les ayants droit d'Elvis et d'Eminem

Le 6 novembre 2026, les propriétaires des droits d'Elvis Presley et l'éditeur d'Eminem ont porté plainte contre Suno. Ce qui est reproché, ce que répond Suno, et ce que ça change si vous créez de la musique avec l'IA.

Frank Houbre

Frank HoubreFondateur d'Imaginode

5 min de lecture

Deux plaintes le même jour contre Suno

Le vendredi 6 novembre 2026, les propriétaires des droits d'Elvis Presley et Eight Mile Style, l'éditeur d'une grande partie du catalogue d'Eminem, ont chacun porté plainte contre Suno, le générateur de musique par IA.

Les deux plaintes ont été déposées par le même avocat, Richard Busch, du cabinet Adams & Reese, devant un tribunal fédéral en Californie, d'après Billboard. Elles accusent Suno d'avoir entraîné ses modèles sur des chansons protégées sans autorisation, et de laisser ses utilisateurs produire des morceaux qui imitent ces artistes.

Côté Elvis, la plainte vient d'Elvis Presley Enterprises, une filiale d'Authentic Brands Group qui gère les droits du chanteur, son nom, son image et une grande partie de son catalogue. C'est la deuxième fois en quelques semaines : le même groupe a attaqué Anthropic en octobre pour l'entraînement de Claude sur 274 chansons d'Elvis.

Côté Eminem, c'est Eight Mile Style qui porte plainte, pas le rappeur lui-même. La plainte cite notamment « Lose Yourself », « Without Me », « Till I Collapse », « The Real Slim Shady » et « Stan ».

La page d'accueil de Suno, où l'on décrit la chanson voulue en une phrase.Source : suno.com

Ce que reprochent les ayants droit d'Elvis : la voix

La plainte d'Elvis va plus loin que l'entraînement des modèles. Elle reproche à Suno de permettre le clonage de la voix du chanteur, et s'appuie pour ça sur une loi du Tennessee.

Cette loi s'appelle l'ELVIS Act (Ensuring Likeness Voice and Image Security), adoptée en 2024 dans l'État où Elvis a vécu. Selon Billboard, elle supprime l'obligation de prouver un usage commercial de la voix ou de l'image d'une personne, et elle rend responsables les entreprises qui fournissent les outils permettant cet usage. C'est l'une des premières grosses affaires à la tester.

Suno affirme ailleurs qu'on ne peut pas citer le nom d'un artiste dans un prompt. La plainte répond que c'est « sans équivoque faux » : elle joint des liens vers des vidéos de morceaux qui ressemblent beaucoup à Elvis, et affirme que le mois dernier encore, Suno a produit un clone d'Elvis à partir de paroles qui contenaient simplement son nom.

Les ayants droit ont aussi une phrase qui résume leur position, citée par Billboard et par Vice : « Le prochain Elvis ne prendra pas de guitare. »

L'article de Bill Donahue pour Billboard, publié le 7 novembre 2026.Source : billboard.com

Eminem : environ 41 millions de dollars réclamés

La plainte d'Eight Mile Style porte sur le droit d'auteur, avec un montant précis.

D'après AllHipHop, qui reprend la plainte, Eight Mile Style contrôle les droits de 269 compositions d'Eminem et réclame 150 000 dollars par œuvre, soit 40,35 millions, plus 672 000 dollars pour la suppression présumée des informations de droit d'auteur. Au total, environ 41 millions de dollars. C'est ce que demande le plaignant, pas ce qu'un tribunal a accordé.

Eight Mile Style a déjà attaqué Meta pour des raisons proches. Les deux affaires contre Suno s'ajoutent aux procès en cours : les trois grandes maisons de disques avaient attaqué Suno en 2024, Warner a trouvé un accord depuis, mais Universal et Sony poursuivent, selon Billboard. Les éditeurs Round Hill et Reservoir ont aussi porté plainte, ainsi qu'un groupe d'artistes mené par Jason Isbell.

Les deux plaintes contre Suno au 8 novembre 2026

PointElvis PresleyEminem
PlaignantElvis Presley Enterprises (Authentic Brands Group)Eight Mile Style, éditeur
Ce qui est reprochéEntraînement sur ses chansons et clonage de sa voixEntraînement sur ses chansons et imitation de son style
Base juridique citéeDroit d'auteur et ELVIS Act du TennesseeDroit d'auteur
MontantNon précisé dans les articles lusEnviron 41 M$ réclamés (269 œuvres)
L'artiste est-il plaignant ?Ses ayants droitNon, Eminem n'est pas partie
Sources : Billboard, 7 novembre 2026, AllHipHop, 7 novembre 2026

Ce que répond Suno

Suno dément vouloir exploiter le nom ou l'image de qui que ce soit, et met en avant ses garde-fous.

La déclaration envoyée à Billboard : « Suno existe pour aider les gens à créer de la musique nouvelle et originale, pas pour exploiter le nom ou l'image de qui que ce soit, et nous interdisons tout usage non autorisé de l'œuvre d'un artiste. » Suno ajoute qu'il refuse les prompts qui citent des noms d'artistes ou de chansons, qu'il fait vérifier les fichiers audio et les paroles envoyés par des prestataires extérieurs, et qu'il continuera à ajouter des garde-fous.

Dans l'affaire Isbell, les avocats de Suno ont aussi soutenu qu'un nom d'artiste sert de « raccourci » pour désigner un genre musical, pas à voler une voix. Rien n'est jugé : ce sont des accusations, que le tribunal examinera.

L'article de Caleb Catlin pour Vice, publié le 7 novembre 2026.Source : vice.com

Ce que ça change si vous créez de la musique avec l'IA

Les plaintes visent Suno, pas ses utilisateurs. Mais elles disent clairement où est la ligne rouge : la voix et le style reconnaissable d'un artiste réel.

Si vous faites une chanson pour une vidéo, un podcast ou une pub, n'écrivez jamais le nom d'un artiste dans le prompt ni dans les paroles, même pour décrire un style. Décrivez plutôt ce que vous voulez entendre : le tempo, les instruments, l'ambiance, le type de voix. C'est plus précis, et ça vous met à l'abri.

Gardez une trace de vos prompts et de vos générations. Si un morceau ressemble trop à quelqu'un, vous pourrez montrer comment il a été obtenu. Pour l'usage commercial, la question est la même que pour les images : notre point sur les droits des images IA en usage commercial donne la méthode.

Et regardez qui paie les artistes. Le partenariat entre ElevenMusic et SoundCloud montre l'autre voie : des modèles entraînés avec des accords, et des artistes rémunérés. C'est cette question des licences qui va décider quels outils de musique IA vous pourrez utiliser sans risque dans deux ans.

Ce que je ferais cette semaine

Relire vos prompts musicaux, nettoyer ceux qui citent un artiste, et noter d'où vient chaque morceau que vous publiez.

Faites une recherche dans vos prompts Suno ou autres sur les noms d'artistes. Remplacez-les par une description du son. Vous verrez souvent que le résultat s'améliore, parce que le modèle reçoit une consigne au lieu d'une étiquette.

Pour chaque morceau déjà publié, notez l'outil, la date et le prompt. Cinq minutes par titre, et vous aurez une réponse si quelqu'un vous pose la question.

Sur le canvas d'Imaginode, chaque piste audio garde le prompt et le modèle qui l'ont produite, ce qui fait ce travail pour vous. Pour aller plus loin sur l'audio, notre guide pour créer une série audio IA montre une chaîne complète.

Méthodologie de notre analyse

Article écrit le 8 novembre 2026 à partir de l'article de Billboard du 7 novembre signé Bill Donahue, qui cite la plainte et les déclarations d'Authentic Brands Group et de Suno, de l'article de Vice du 7 novembre signé Caleb Catlin et de l'article d'AllHipHop du 7 novembre pour les montants réclamés par Eight Mile Style. Les captures viennent de ces pages et de la page d'accueil de Suno, prises le 8 novembre 2026.

Nous n'avons pas lu les plaintes elles-mêmes : les citations et les chiffres sont ceux que rapportent ces médias. Rien n'est jugé, ce sont des accusations. Transparence : Imaginode, le produit de Frank, propose aussi de la génération musicale par IA.

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