Écrire un scénario de BD : le format case par case, avec un exemple dessiné
Synopsis, découpage, format PAGE et CASE, bulles et récitatifs : comment écrire un scénario de BD, avec une planche complète écrite pour l'article puis dessinée par l'IA.

Frank HoubreFondateur d'Imaginode
8 min de lecture
Comment écrire un scénario de BD
Un scénario de BD se découpe en pages, puis en cases : pour chaque case, on écrit ce que le lecteur voit, puis le texte qui s'y lit (récitatif, bulles, bruits).
Le dessinateur, ou l'IA qui dessine à sa place, ne lit pas votre tête. Il lit des cases. Un bon script lui dit, case après case, où est la caméra, qui fait quoi, et ce qui est écrit dans les bulles. Le reste, c'est de l'histoire, et elle se prépare avant.
Plus bas, vous trouverez une planche complète de cinq cases, écrite pour cet article, puis dessinée par Nano Banana Pro. Le résultat est bon, avec un raté qui nous a appris une règle d'écriture.
Du synopsis au script : trois étapes
Synopsis d'abord, découpage page par page ensuite, script case par case en dernier : chaque étape répond à une question différente.
**Le synopsis** tient en quelques lignes : qui veut quoi, ce qui l'en empêche, comment ça finit. Si vous n'arrivez pas à l'écrire, revenez à l'histoire avant de toucher au format.
**Le découpage** répartit l'histoire sur les pages. Une ligne par page suffit : « page 1, Inès livre un colis la nuit et découvre qu'il est daté de 1986 ». Cette étape décide du rythme, et surtout de ce qui tombe en bas de page, juste avant qu'on la tourne.
**Le script** détaille chaque page en cases. C'est le document que lit le dessinateur, et c'est celui dont parle la suite de l'article. Beaucoup de scénaristes l'appellent aussi découpage technique.
Le format d'un script de BD, case par case
Un titre PAGE avec le nombre de cases, puis pour chaque CASE une description au présent et les textes rangés par type.
Il n'existe pas de norme officielle, mais presque tous les scripts se ressemblent. En tête de page : **PAGE 1 (5 cases)**. Annoncer le nombre de cases aide le dessinateur à prévoir sa grille avant de lire le détail.
Pour chaque case : **CASE 1.** suivi de la description. Cadrage d'abord (plan large, plan moyen, gros plan, plongée), puis le décor s'il change, puis l'action. Au présent, en phrases simples. « Inès lit l'étiquette du colis », pas « Inès, fatiguée par sa journée, se demande si… ». La fatigue, on la dessine : un ciré trempé, des épaules basses.
Les textes viennent sous la description, un par ligne, avec leur type en capitales : **RÉCITATIF** pour la voix du narrateur dans un cadre, **NOM DU PERSONNAGE** pour une bulle, **(OFF)** quand celui qui parle n'est pas dans la case, **SON** pour une onomatopée. Le lettreur, et l'IA, savent ainsi quoi mettre où.
Exemple complet : la planche « Le colis du 4e »
Voici le script tel qu'il a été écrit, puis donné au modèle : une page, cinq cases, une chute.
**PAGE 1 (5 cases)**
**CASE 1.** Plan large, nuit, pluie. Une rue étroite de Paris, un vieil immeuble. Une livreuse à vélo, ciré jaune, s'arrête devant la porte. Une seule fenêtre est allumée, au 4e étage. RÉCITATIF : Mardi, 23 h 40.
**CASE 2.** Plan moyen. INÈS (vingt-cinq ans, cheveux courts bouclés, ciré jaune trempé) lit l'étiquette d'un petit colis en papier kraft, ficelé. INÈS : 4e étage. Pas d'ascenseur, évidemment.
**CASE 3.** Plongée dans la cage d'escalier en colimaçon. Inès monte, toute petite, le colis serré contre elle. SON (petit, près du colis) : tic… tic…
**CASE 4.** Gros plan. Une porte entrouverte, chaîne mise. Dans l'ombre, l'œil d'un vieil homme. M. AUBRAC (OFF) : Vous êtes en retard.
**CASE 5.** Plan rapproché. Inès, perplexe, regarde le tampon de la poste sur le colis : « 12 MARS 1986 ». M. AUBRAC (OFF) : De quarante ans.
Trois choses à remarquer. Le récitatif pose l'heure en quatre mots, sans phrase d'introduction. La case 3 n'a pas de dialogue : elle donne le temps de la montée et glisse le petit bruit inquiétant. La chute arrive en dernière case, là où l'œil finit la page.
Combien de cases par page, combien de mots par bulle
Entre quatre et neuf cases par page selon le style, et rarement plus de deux phrases par bulle : au delà, la page devient lourde à lire.
Ce sont des usages du métier, à adapter à votre histoire. Une planche franco-belge classique tourne souvent autour de six à neuf cases, un comics américain ou un webtoon en met moins, un manga varie beaucoup selon l'action. Pour débuter, quatre à six cases laissent assez de place au dessin pour respirer.
Côté texte, une bulle qui dépasse deux phrases mange la case. Si un personnage a beaucoup à dire, coupez en deux bulles, ou en deux cases. Lisez vos dialogues à voix haute : ce qui sonne écrit sonne faux, comme dans un drama audio.
Dernier repère : une case montre un seul instant. « Inès monte l'escalier, frappe et tend le colis » fait trois cases, pas une. C'est l'erreur la plus courante des premiers scripts, et l'IA la paie cher : elle essaie de tout montrer dans la même image et ne réussit rien.
Dessiner le script avec l'IA : ce qui a marché
Avec une fiche personnage et un prompt qui reprend le script case par case, Nano Banana Pro a sorti une planche lisible du premier coup.
La méthode tient en deux étapes. D'abord la fiche personnage d'Inès : trois vues, face, trois quarts et dos, sur fond neutre. C'est elle qui fixe le ciré, les cheveux, le sac de livraison. Sur le sujet, voyez notre guide pour garder un personnage cohérent.
Ensuite la planche : le prompt reprend la grille (une case large en haut, deux rangées de deux), puis chaque case avec son cadrage, son action et son texte exact entre guillemets. Le format PAGE et CASE du script se recopie presque tel quel. C'est l'intérêt d'un script propre : il sert deux fois.
Résultat : les cinq cases sont là, dans l'ordre, avec les bons cadrages et des bulles sans faute, accents compris. La planche anglaise, générée avec le même prompt et les dialogues traduits, est tout aussi propre. Chaque image a coûté 19 crédits, le prix affiché sur la fiche du modèle.
Le raté qui vaut une règle : un détail important mérite sa case
Le seul élément raté de la planche est le tampon de la case 5, la clé de l'histoire : un détail trop petit, perdu dans une case chargée.
Regardez le colis de la dernière case. Le script demandait « 12 MARS 1986 ». Le modèle a écrit « 1606 » en français, et une suite de signes illisibles en anglais. Or toute la chute repose sur cette date : sans elle, « De quarante ans » ne veut plus rien dire.
Un dessinateur humain aurait eu le même souci : un tampon de deux centimètres dans une case où il faut aussi caser un visage et une bulle, personne ne le lit. Le bon réflexe d'écriture existe depuis longtemps : la case insert, un gros plan sur l'objet seul.
Nous avons donc réécrit la fin : une case de plus, rien que le colis et son tampon. Premier essai, raté d'une autre façon : le modèle a ajouté des bulles qu'on ne voulait pas (« AHA! THERE IT IS! »), parce que notre ligne de style parlait de bulles lettrées. Une consigne qui contredit une autre, et le modèle choisit. Deuxième essai, sans cette ligne et avec « aucun texte hors du tampon » : date juste, dans les deux langues.
La règle à retenir pour le script : **si le lecteur doit lire une information pour comprendre la page, donnez-lui sa propre case, ou mettez-la dans un dialogue.** Les modèles d'image écrivent bien un titre ou une bulle, beaucoup moins bien un petit texte posé sur un objet, comme nous l'avions vu en comparant quelle IA écrit le mieux du texte dans une image.
Le même workflow dans Imaginode
La fiche outil bande dessinée d'Imaginode monte ce workflow sur le canvas : un node Référence pour le personnage, un node Style pour l'encrage, un node Image par case.
Sur le canvas, la fiche personnage va dans un node Référence. On l'appelle ensuite dans chaque prompt avec `@` suivi de son nom, pour que le visage reste le même d'une case à l'autre. Un node Style porte la direction artistique, et chaque case a son node Image, avec le modèle de votre choix. Le coût s'affiche sur le bouton avant de générer.
Vous pouvez ouvrir le workflow bande dessinée sans compte pour voir comment il est câblé. Si votre histoire vient d'un roman ou d'une nouvelle, les fiches personnages tirées d'un livre font la première étape à partir du PDF, et garder le même personnage détaille la partie référence.
Le prix d'une planche
Avec Nano Banana Pro à 19 crédits l'image, la fiche personnage et la planche coûtent 38 crédits, et chaque case refaite en ajoute 19.
Pour la version française : la fiche d'Inès, la planche, puis deux essais de case insert, soit quatre images et 76 crédits. Un crédit vaut environ un centime d'euro. D'autres modèles du catalogue coûtent moins cher par image, mais Nano Banana Pro reste un bon choix quand la page contient du texte et une mise en page précise.
Générer case par case plutôt qu'en planche entière coûte plus de crédits, mais donne plus de contrôle : on refait la case ratée sans toucher aux autres. Pour une première BD, commencer en planche entière permet de voir vite si le script tient.
Et si la BD doit devenir un film ou un animé
Un script écrit case par case se transforme facilement en storyboard, puis en plans animés.
Le script que vous venez d'écrire ressemble déjà beaucoup à un découpage de film : un cadrage, une action, une réplique par case. Si un jour vous voulez animer votre BD, ce travail n'est pas perdu. Notre article sur le storyboard avant de tourner montre le passage de la case au plan.
À vous d'écrire
Écrivez une page de cinq cases avant de penser à un album : c'est le meilleur exercice pour apprendre le format.
Prenez une idée qui tient en une phrase, découpez-la en cinq instants, gardez la surprise pour la dernière case. Relisez chaque case en vous demandant : est-ce qu'on peut la dessiner ? Si la réponse demande deux images, coupez.
Ensuite seulement, dessinez, à la main ou avec l'IA. Le script vous dira tout de suite ce qui manque.
Méthodologie de notre analyse
Le script de la planche « Le colis du 4e » a été écrit pour cet article le 1er novembre 2026. Il a ensuite été dessiné le même jour avec Nano Banana Pro, appelé par le Vercel AI Gateway, le fournisseur qu'Imaginode utilise pour ce modèle, avec une clé du compte de Frank. Nous ne sommes pas passés par l'interface d'Imaginode : même modèle, même fournisseur, pas le même écran.
Une génération par image, sans relance ni tri : une planche en français, une en anglais, une fiche personnage, puis deux essais de case insert par langue. Tous les résultats sont montrés, ratés compris. Le prix de 19 crédits par image a été relevé sur la fiche publique de Nano Banana Pro le jour même.
Imaginode est le produit de Frank Houbre, l'auteur de ce blog. Les repères d'écriture (nombre de cases, longueur des bulles) sont des usages du métier, présentés comme tels, pas des règles chiffrées par une étude.